Sciences Po Zéro Fossile

SciencesPo Environnement soutient Sciences Po Zéro Fossile.

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Vous trouverez ci-dessous les raisons pour lesquelles, selon le mouvement, il est urgent d’agir et de signer la pétition visant la décarbonisation des investissements de Sciences Po.

Sciences Po Zéro Fossile

Sciences Po Zéro Fossile, reconnue comme une association étudiante cette année, a été fondé l’année dernière par des étudiant-e-s de Sciences Po sur le modèle du mouvement international de désinvestissement Fossile Free, qui concerne les universités, mais aussi les associations, les banques, les institutions religieuses, les musées ou les municipalités.

L’objectif de Sciences Po Zéro Fossile est de libérer Sciences Po de l’influence de l’industrie fossile. Les universités ont une grande responsabilité morale dans la lutte contre le réchauffement climatique, or elles continuent de soutenir les entreprises d’énergie fossile. Détenir des actions ou des partenariats dans le secteur des combustibles fossiles, c’est soutenir la destruction de la planète. Alors que Sciences Po doit préparer une génération d’avenir et former les jeunes à œuvrer dans le monde de demain, l’école a paradoxalement de nombreux liens avec des industries qui détruisent notre environnement, Total ou Gazprom notamment.

Depuis trois ans, le mouvement Fossile Free Europe rassemble les universités (entre autres) qui souhaitent désinvestir des industries fossiles. Le désinvestissement est un mouvement de masse, qui représente 80 000 personnes rien qu’en Europe et qui a déjà gagné de grandes universités européennes, dont l’université de Glasgow et récemment, l’université de Copenhague.

Pour plus de renseignements : gofossilfree.org

Sciences Po Zéro Fossile s’inscrit donc dans ce mouvement mondial. Une pétition a été lancée pour soutenir l’action de désinvestissement et réunit à ce jour plus de 200 signatures. Le lien pour signer la pétition est joint à la fin de l’article. Cette pétition, adressée à l‘administration de Sciences Po, demande à ce que l’école rompe clairement tous les liens qu’elle entretient avec l’industrie fossile. Sciences Po Zéro Fossile réclame en tout premier lieu la transparence parfaite des investissements de l’école et que Sciences Po et assume pleinement son rôle de leader dans le mouvement de désinvestissement en France.

Sciences Po Zéro Fossile entend également organiser de vastes campagnes de sensibilisation, soutenue par SciencesPo Environnement, pour mobiliser toujours plus d’étudiant-e-s. L’idée est de faire pression sur l’administration, en faisant jouer la force de la mobilisation, à Sciences Po et dans les autres grandes écoles françaises comme HEC ou Dauphine, ainsi que l’ampleur internationale du mouvement de désinvestissement. Avant tout, Sciences Po Zéro Fossile est un mouvement de négociation, de mobilisation pacifiste, et ne se pense pas comme un mouvement contestataire.

Arrêtons de soutenir les industries fossiles et la destruction de l’environnement, cessons le greenwashing et rejoignons la promesse Fossile Free !

 

Automne 2016 – Semaine 10 : L’élevage intensif

English below

Au centre des questions environnementales, éthiques, sanitaires et économiques actuelles, l’élevage industriel est l’objet de nombreux débats et positions qui s’entrecroisent et s’opposent. L’approche écologiste de l’élevage intensif rappelle tout d’abord l’importance de son impact environnemental à l’échelle planétaire. En effet, d’après un rapport publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation (FAO) et relayé par Le Huffington Post, l’élevage est responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre. De plus,  70% des terrains agricoles sont destinés à l’élevage, et la demande croissante de produits animaux est responsable en grande partie du déboisement en Amazonie. Les ressource en eau, en nourriture et en terrains nécessaires à nos modes d’alimentation carnés sont incompatibles avec l’accroissement de la population mondiale et l’accès pour tous à la nourriture. C’est notamment cette idée qui est défendue par l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, qui prédit que le végétarisme deviendra le mode d’alimentation nécessaire à la survie de l’humanité.

La sensibilité de l’opinion publique envers l’élevage industriel s’est accrue après les nombreux scandale sanitaires des dernières décennies. Les récentes vidéos filmés en caméra caché de l’association L214 sur les méthodes des abattoirs français ont eu un retentissement médiatique important, et ont placé cette ces associations comme acteurs à part entière dans les discussions économiques et politiques autour de l’élevage industriel. The New York Times explique aussi la montée de ces mouvements activistes comme ‘chien de garde” pour les droit des consommateurs, tentant de rendre plus transparent cette industrie à l’aide de caméra cachés.

Un récent article du Monde rapporte une vidéo de L214 sur les conditions de vie d’un élevage de 200 000 poules pondeuses. La critique est à la fois sur les conditions sanitaires (présence de poux, d’asticots, de cadavres de poules) et éthiques (promiscuité, absence de sol et de lumière naturel). D’un point de vue judiciaire, l’éleveur s’expose à une peine de six mois de prisons et  7 500 euros d’amende pour “maltraitance animale”, tandis que le non-respect des normes sanitaires peuvent le contraindre à fermer son élevage. Stéphane Le Foll et Ségolène Royal ont tous deux condamnés fermement ces conditions d’élevage, en rappelant la nécessité de “ne pas faire d’amalgame” avec les autres industries de poules pondeuses.

Le pouvoir politique est en effet très lié aux méthodes d’élevage, en particulier en France et aux Etats-Unis. Selon l’article du Huffington Post, c’est après la seconde guerre mondiale et les problèmes de pénurie qu’une action conjointe entre le pouvoir politique, les scientifiques et les industriels a été décidée afin de rendre la viande accessible à tous, notamment à travers la PAC. Aux Etats-Unis, l’ère Reagan a vu l’explosion de la mécanisation du travail et de la demande en fast food, causant une forte industrialisation de l’élevage et un travail conjoint entre pouvoir public et secteur privé, comme le rapporte The New York Times. On retrouve dans l’avis de la commission d’enquête du 22 février 2016 concernant la ferme des mille vaches (Le Monde), dans la Somme, la nécessité de répondre à la demande en produits laitiers dans le département et de faire face, dans un contexte de libéralisme économique, à l’inondation du marché par le lait allemand et danois de très bon marché.

Le débat autour de l’élevage industriel porte ausi sur les conditions de travail des employés. Un militant pour le droit des animaux embauché dans un abattoir aux Etats-Unis fait état de la grande solitude des employés, soumis à un strict contrôle de la confidentialité des méthodes d’abattage (The New York Times). En France, ce sont les défenseurs de la ferme des mille vaches qui ont mis en avant le bien-être des travailleurs face à la pénibilité du métier d’éleveur pour défendre une mécanisation de la traite des vaches (Le Monde). De plus, si 90% des consommateurs sont favorables à l’interdiction des élevages en batterie, il y a une méconnaissance de la différence des prix et des codes d’origine sur les oeufs. Ainsi, l’élevage industriel reste la réponse la plus largement partagée pour répondre à la demande de la population en produits animaux à bas prix.

 

At the center of environmental, ethical, health and economical questions, intensive farming is subject to many conflicting positions. For the ecological matter , intensive farming has a huge environmental impact on the global scale. The UN had published a report, relayed by The Huffington Post, stating that farming is responsible of 18% of the greenhouse gas emissions. Moreover, 70% of agricultural area are reserved for farming, and the growing need of animal products is responsible for deforestation in Amazonia. Water, food and land resources needed to support our meat diet are incompatible with the growth of the world population and the access for everyone to a nutritious diet. Anthropologist Claude Lévi- Strauss, for example, predict vegetarianism as a necessity for the human survival.

Public awareness on intensive farming gets bigger with health scandals of the last decade. Videos from the L214 association on french slaughterhouses had a massive media resonance, and put this form of activism as a major actor in the debate. The New York Times explains the rise of those movements as “watchdogs” for consumers’ rights, fighting for more transparency using hidden cameras.

Le Monde relays a video from L214 on life conditions of 200 000 laying hens in a french farming. Critics concentrate both on health conditions (presence of lice, maggots, hen corps) and ethical matters (promiscuity, absence of natural ground and light). From a judicial point of view, the farmer risks six month of prison and a 7500 euros fine for animal abuse, while non-respect of health standard may oblige him to close his livestock. Stéphane Le Foll and Ségolène Royal both condemned those farming conditions, reminding the necessity to avoid amalgams with the other livestocks.

Politics are indeed closely linked to the farming industry, particularly in France and in the US. According to The Huffington Post, it’s after WWII and issues of food shortage that politics, scientists and industrials join together to make meat accessible for everyone, through PAC policy for instance. In the US, the Reagan area coincide with the labor mechanisation and growth of fast food requests, resulting a industrialisation of livestock and joined action with the public and the private sector (The New York Times). In a february 22 commission enquiry on “la ferme des mille vaches”, it is reminded that the county of la Somme has to supply the high need of dairy product, and to deal with milk importation from germany and denmark, in a context of liberalisation of the economy (Le Monde).

Debate on intensive farming is also about working conditions. A animal rights activist working in a slaughterhouse in the US points the loneliness of the job, submitted to a strict control of the confidentiality of the methods used (The New York Times). In France, proponents of “la ferme des mille vaches” are the ones defending workers well-being. Thanks to the mechanization of the milking cows, the drudgery of the work would be reduced (Le Monde). This article also outlines that, if 90 % of the consumers are in favor of the prohibition of battery farming, a unawareness of prices differences and codes of origins subsistes. Thus, intensive farming is still the most largely shared answer to supply the request for animal products at a lower cost.

 

Les positions des politiques français:

  • Jean-Luc Mélenchon: “Vous devez changer votre régime alimentaire parce qu’on ne peut pas continuer comme nous le faisons dans les pays développés avec cette agriculture qui casse tout. Vous ne pouvez pas continuer avec les protéines carnées qui sont un encouragement aux fermes des 1 000 vaches, avant qu’il y ait les fermes des 10 000 vaches ou les fermes des 100 000 vaches qui se constituent au prix d’un martyr de la population animale qui prépare et endurcit tous les cœurs à l’abomination.”
  • Stéphane Le Foll (PS): La diffusion successive d’images inacceptables dans les abattoirs d’Ales, du Vigan et de Mauléon ont interpellé l’ensemble des acteurs du secteur et les pouvoirs publics, ainsi que les citoyens, et ont renforcé la volonté d’une mobilisation collective. À ce titre, le présent amendement vise donc à renforcer et harmoniser le cadre des sanctions pénales en qualifiant de délit les mauvais traitements exercés sur les animaux en abattoir et dans les entreprises de transport, comme c’est déjà le cas pour les élevages ou les refuges pour animaux. (extrait de l’Exposé de l’amendement)

 

  • François Bayrou (MODEM): “Voilà donc ma première orientation : des contrats de production à prix garantis à l’avance. Il y a une deuxième orientation : il faut des labels de qualité avec un cahier des charges où tout le monde sache ce que l’on a dans l’assiette. Pas seulement l’origine France, mais aussi les méthodes de production, ce que l’on respecte : est-ce que les animaux sont des animaux qui sortent, qui marchent ? Ou est-ce qu’au contraire ce sont des animaux à l’engrais dans des espaces clos ? Cette transparence doit être un moyen de s’en sortir.”
  • Bruno Le Maire (LR): « l’avenir de la France passe par le renforcement de son agriculture et de son industrie agro-alimentaire. Modernisées, structurées, organisées, elles emportent des parts de marché ».

 

 

Automne 2016 – Semaine 8 : L’avenir du nucléaire civil

Le nucléaire civil, une des premières sources d’énergie des pays développés, est au carrefour des questions et ambitions politiques, économiques et environnementales de nos sociétés. Or, comme le note le magazine suisse Bilan: “sur le long terme, la part du nucléaire est en recul au niveau mondial dans le mix énergétique.” Les accidents nucléaires survenus à Fukushima et les failles de sécurité dans les centrales françaises ont contribués à lever le débat politique et social de la nécessité de cette source d’électricité pour subvenir aux besoins, toujours croissants, d’énergie. En effet, si une baisse du nucléaire sur le long terme est à noter, il faut aussi prendre en considération les capacités nucléaires de la Chine, qui sont en augmentation. Mais si la Chine développe son parc nucléaire, elle mise plus sur les énergies renouvelables, comme le rappelle Bilan: “la Chine a investi 100 milliards de dollars dans les renouvelables, contre 18 milliards dans le nucléaire.”.

En effet, la production nucléaire rivalise aujourd’hui avec les énergies renouvelables, en plein essor dans les pays occidentaux mais aussi dans les nouvelles puissances économiques. L’éolien et le solaire ont pour avantage d’être très peu cher à produire, et d’avoir un impact environnemental moindre. Face à l’importance croissante des préoccupations environnementales, les lobbies du nucléaire mettent aussi en avant l’intérêt écologique de cette industrie (TheHill). C’est aussi le discours du gouvernement anglais après la validation du projet de construction du site nucléaire de Hinkley Point (TheTelegraph). Si l’énergie sera plus coûteuse pour les consommateurs, elle permettra de réduire l’activité des industries de charbon et de gaz et d’atteindre les objectifs politiques fixés par la COP21.

Cette industrie particulière doit faire face à des coûts fixes très élevés sur le travail, la sécurité et le infrastructures. En France, plus de 75% de l’énergie est produite par le nucléaire, mais le secteur rencontre de plus en plus de difficultés financières. En effet, selon Libération, l’Autorité de sûreté du nucléaire a demandé l’arrêt de 5 nouveaux réacteurs, montant à 22 le nombre de réacteurs à l’arrêt ou partiels, sur les 58 que compte le parc français. Si le gouvernement français soutient Areva (il possède 86% des actions de l’entreprise), de nombreuses voix s’élèvent en faveur d’une sortie du nucléaire, quand d’autres craignent une pénurie d’électricité.

En effet, outre les considération écologiques concernant la gestion des déchets nucléaires, c’est les défaillances dans la sécurité de cette industrie qui est au centre des préoccupations. Une manifestation anglo-française s’est tenue en début du mois d’octobre contre les EPR (une nouvelle technologie qui n’a pas encore montré ses preuves) de Flamanville et de Hinkley Point (Le Quotidien). Les radiations ne s’arrêtant pas aux frontières, cet enjeu élargit le débat à un cadre international, et réveille les contestations populaires.

Les prises de positions des partis politiques français:

Jean-Luc Mélenchon:

“L’absence de volonté et même d’intérêt politique pour la filière des énergies marines est total dans notre pays. Nos entreprises sont parmi les meilleures au monde. Elles pourraient assurer une part significative de l’énergie dont nous avons besoin à partir de sources renouvelables. Mais le laisser-faire gouvernemental a tout gâché. Alstom et Areva s’affrontent dans le secteur.”

Karima Delli, EELV:

“Ce week-end, un grand rassemblement populaire avait lieu à Flamanville pour exiger l’arrêt du nucléaire en France. Le lieu n’a pas été choisi par hasard, et pour cause : le chantier de l’EPR de Flamanville est un des plus grands symboles des dérives du système nucléaire, qu’elles soient d’ordre industriel, financier, ou social. Prises séparément, elles expriment déjà la méfiance que chacun est en droit de ressentir face à cette énergie du siècle dernier, d’autant plus après le drame de Fukushima. Une fois cumulées, elles montrent l’urgence qu’il y a à sortir au plus vite de cette industrie dépassée, maintenue à bout de bras envers et contre notre intérêt bien compris.”

Ségolène Royal, PS:

« La sécurité d’approvisionnement du territoire français en électricité doit être assurée. EDF, premier producteur d’électricité en France, est dépositaire d’une forte responsabilité dans la garantie de cet approvisionnement. »

Positions des Républicains Sciences Po:

“L’Etat doit en fixer les contraintes et laisser émerger les meilleures technologies de production. En particulier, il doit créer les conditions qui permettront à la France de conserver un mix électrique compétitif, de garantir son indépendance énergétique, de respecter ses engagements environnementaux internationaux, et enfin de développer des filières industrielles créatrices d’emplois et rayonnant à l’international.”

 

Front National:

“Loin de la gesticulation cynique autour du symbole gaulliste de l’énergie nucléaire faite par Nicolas Sarkozy, le Collectif Nouvelle Ecologie pense qu’EDF doit redevenir un pur service public assurant la production et la distribution d’une électricité nucléaire à faible prix aux entreprises et aux ménages français et sans émission de CO2.”

Automne 2016 – Semaine 7 : Les catastrophes naturelles, conséquences du changement climatique ?

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Les catastrophes naturelles sont devenues un sujet récurrent de nos pages d’actualités, rapportant les morts humaines et les destructions matérielles survenant tout autour du globe. Un discours liant la dégradation de l’environnement et l’apparition de ces phénomènes est présent depuis de nombreuses années, et celui-ci a parfois tendance à s’accompagner d’un discours alarmiste sur la croissance de ces phénomènes, découlant de l’idée qu’il s’agit là d’une “vengeance” de la nature, toujours plus forte, sur l’activité humaine. En effet, si les ouragans, tsunamis ou tremblements de terre sont des phénomènes naturels survenants hors de la volonté de l’homme, ce sont néanmoins des phénomènes qui demandent une réponse politique et de la prévention structurelle.

Comme le souligne le professeur Dale Dominey-Howes sur le site The Conversation, ces phénomènes sont bien en augmentation, mais le caractère catastrophique de leurs effets n’est pas si naturel. Ils sont la conséquence de l’action de l’homme sur les écosystèmes et le climat: le changement climatique et la destruction des mangroves, par exemple, accentue à la fois le risque de phénomènes météorologiques intenses et l’absence de protections naturelles face à ceux-ci. De plus, c’est la présence croissante des humains dans des zones à risques qui les rend vulnérables et plus touchés par ces phénomènes.

Selon Dominey-Howes, les catastrophes naturelles arrivent en effet lorsque la population est vulnérable: c’est pourquoi elles touchent les populations les plus pauvres du globe: celles qui ont le moins de résilience et de capacité à modifier leur environnement pour le rendre plus sûr. La question environnementale est alors liée avec la question des inégalités. Le Daily News du Sri Lanka évoque notamment le besoin d’une économie stable pour prévenir les risques de catastrophe. La question environnementale et l’économie entrent ici en relation, à travers la nécessité de développement des zones les plus pauvres, afin d’augmenter leur capacité de résilience.

Le problème des catastrophes naturelles ne peut être pensé que dans une contexte de monde globalisé, et la réponse doit ainsi être à l‘échelle internationale. Le Monde diplomatique étudie le mouvement humanitaire en Haïti particulièrement, qui a fait l’objet d’une grande attention médiatique et d’une présence importante des ONG internationales. Celles-ci sont critiquées notamment pour leur réponses inadaptées aux spécificités de la population visée et l’ingérence des Etats-Unis, ne permettant pas d’atteindre l’autosuffisance des populations, alors dépendantes de l’aide internationale et de la couverture médiatique occidentale. Les réponses politiques aux catastrophes naturelles sont en effet taxées de “néocolonialistes”, de par leur contournement des Etats-Nations pour proposer une reconstruction basée sur une lecture néolibérale de l’économie.

Ainsi, les catastrophes “naturelles” cristallisent à la fois les rapports de force dans les relations internationales, les nouveaux acteurs (ONG) à prendre en compte, et les problématiques d’inégalités de richesses et de déplacement des populations. Si les réponses apportées se concentrent surtout sur la reconstruction et le renforcement économique des zones les plus touchées, il subsiste le risque d’occulter la responsabilité humaine dans l’apparition de ces phénomènes. La lutte contre le réchauffement climatique et la destruction des écosystème reste en effet la solution à long terme pour se prémunir de ces catastrophes.


Natural disasters had become a current topic in the news, that count human casualties and destructions happening all around the world. Speeches linking environmental destruction and those phenomena has been heard for many years, and  it tends to be alarmist ( this is a “revenge of nature” against man’s activities). Hurricanes, tsunamis or earthquakes are natural phenomenons outside man’s will, but they nevertheless call for political responses and structural prevention.

Indeed, as Pr. Dale Dominey-Howes states on The Conversation, there is a rise of natural disasters, but the “catastrophic” effects are not so natural. It’s the consequence of man’s action on ecosystems and on climate: climate change and destruction of the mangrove for example stress the risk of intense meteorological phenomenon and the absence of natural barriers. What’s more, the rising setting of humans on dangerous zones makes them more vulnerable.

For Dominey-Howes, natural disasters happened when the population is vulnerable, especially on poor areas of the globe, the ones with the less resilience and capacity to change their environment to make it safer. The environmental issue is strongly linked with the issue of inequalities. The Daily News of Sri Lanka points out the need of a stable economy to prevent this catastrophe. Environment and economy have to be thought in relation to each other, though the necessity to develop underdeveloped areas.

This issue has to be put in the general context of a globalized system, therefore the solution has to be at the international scale. Le Monde diplomatique studied the humanitarian aid after the 2010 earthquake in Haiti, which become a mediatised event generating a strong mobilization through occidental NGOs. Critics about their inadequate solutions and US interference has spread. Political answers to natural disasters are often considered as “néocolonialist” thought the bypass of Nation States and the neoliberal way of thinking the economy.

Thus, “natural” disasters form first international relations and new actors, but also issues of inequalities and refugees. Today, solutions are on  reconstruction and economic stability in the most deprived areas, but we shouldn’t dismiss human responsibility in the apparition of those phenomenon. The fight against global warming and the destruction of ecosystems is still the long-term solution to prevent those catastrophes.  

Automne 2016 – Semaine 6 : La pollution automobile

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La semaine dernière, un rapport de l’OMS a mis en évidence l’importance du problème de la pollution de l’air: 92% de la population mondiale vit dans des zones où la pollution de l’air dépasse les limites recommandées. Alors que le “Diesel gate” a mis en lumière la difficulté à maîtriser la pollution émise par les voitures, les gouvernements locaux et nationaux tentent de trouver des politiques appropriées aux zones urbaines et aux nécessités de déplacements de la population tout en faisant valoir le droit de chacun à “respirer un air qui ne nuise pas à sa santé” (loi LAURE du 30 décembre 1996). L’Express rappelle en effet que “les véhicules représentent deux tiers des émissions de dioxyde d’azote et 55% des émissions de particules”, selon une tribune écrite par des pneumologues parue dans le JDD.

En France, la ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer Ségolène Royal a profité du salon de l’automobile qui se tenait à Paris le week-end dernier pour promouvoir le développement des voitures électriques. Elle a en effet annoncé, selon Le Parisien, le déploiement d’un million de bornes de recharges sur le territoire français. Le gouvernement a aussi appelé les constructeurs automobiles à développer l’autonomie de ce type de voitures afin d’augmenter les ventes. Cependant, les constructeurs automobiles proposent aussi cette année de nouveaux 4×4 urbains, dans la nécessité, selon le PDG de PSA Carlos Tavares, de “ répondre aux attentes de nos clients”.

Le scandale du “Diesel gate” a néanmoins alerté la population sur la pollution produite par leurs voitures et la difficulté à la mesurer. Une commission menée par Mme Royal après le scandale Volkswagen a en effet décelé des anomalies dans les systèmes de mesure de la pollution des autres fabricants européens. Selon The Guardian, l’ONG Transport & Environnement a en effet dévoilé que Volkswagen serait actuellement un des fabricants les plus propre en Europe. Les nouvelles voitures européennes doivent depuis septembre 2015 se conformer au nouveau standard européen, qui limite les émissions de 0.08 g/ km, contre 0.18 g/km avant 2015. Les compagnies restent cependant dans la légalité, bien qu’elles ne prennent pas en compte  les différences d’émission produite en laboratoire et dans les situations réelles, ce qui explique les dépassement de la limite autorisée.

Les zones urbaines, très sensibles à ces problématiques, développent des politiques de restriction de l’utilisation des voitures. C’est notamment le cas à Paris, qui organise depuis deux ans une “journée sans voiture”(l’Express). Cette année, c’est 45% du territoire parisien qui était interdit aux véhicules motorisés. L’impact de cet évènement, selon l’organisme de mesure Airparif, est d’une “baisse moyenne de 20 à 35% de dioxyde d’azote (…) dans le périmètre concerné », ainsi qu’une diminution de la pollution sonore. Cet événement fait aussi écho à la décision, validée par le Conseil de Paris, de piétonniser définitivement les berges de la Seine sur trois kilomètres.

Une politique locale de restriction, voir d’interdiction, de l’utilisation des voitures est-elle une solution viable contre la pollution atmosphérique ? Les pourfendeurs des décisions de la Mairie de Paris dénoncent le simple déplacement du problème et l’obstruction des axes extérieurs, ainsi que le temps de trajet rallongé. Slate propose une lecture sociale de l’annonce du projet interdisant les voitures de plus de dix ans des rues de Paris, qui handicape actuellement les ménages aux revenus les plus bas. En filigrane, certains y voient en effet des mesures favorisant la population aisée de Paris au détriment des travailleurs vivant en banlieue, et nécessitant leur véhicule pour travailler.

Last week, a WTO report highlighted the importance of the issue of air pollution: 92% of worldwide population lives in areas where the air pollution exceed the recommended limit. In the same time, the Diesel gate scandal had forced local and national governments to find measures that respect freedom of circulation and the right to “respirer un air qui ne nuise pas à sa santé ”(loi LAURE december, 30, 1996). Indeed, l’Express note that “les véhicules représentent deux tiers des émissions de dioxyde d’azote et 55% des émissions de particules”, citing a column of pneumologists published in the JDD.

In France, the minister of Environment, Energy and Seas Ségolène Royal declared during the motor show in Paris the extension of a million charging stations spreading around the French territory, in order to promote the electric car market (Le Parisien). Government also urge car manufacturers to develop the autonomy of those cars, although urban 4×4 are still very popular according to PSA CEO Carlos Tavares.

Diesel gate scandal was a wake up call for people to understand the importance of pollution emitted by their car and the difficulty to measure it. A commission of the Environment Minister put in light the same anomalies in other european car manufacturers. According to The Guardian and the NGO Transport & Environment, Volkswagen is actually the cleanest company in Europe. New vehicles had to conform to a new european standard since September 2015, limiting emissions to 0.08 g/km (the limit was 0.18 g/km before that). Manufacturers overpass this standard by obliterating the difference of emissions produced in laboratory and in real situations.

Urban areas are very aware of the pollution issue and develop generally policies of restriction of the use of polluting vehicles. In Paris, a “car-free day” is organized, this year 45% of the city was concerned (l’Express). According to Airparif, this event permit a average drop of 20 to 35% of nitrogen dioxide in the perimeter, and a decrease of noise nuisance. Paris Townhall also decided to ban cars to a part of the bank of the Seine.

Is a local policy of restriction or interdiction of the car a viable solution against air pollution ? Critics are spreading (see Slate article), denouncing a simple relocation of the problem in suburban areas, and the increase of traffic jam in those areas. Indeed, some commentators read this measures in a class-clash way, the main victims of this policy is, in this analysis, the suburban population, less wealthy and more dependent on their car.

Quelques positions des principaux partis français:
Groupe Communiste-Front de Gauche du Conseil de Paris :
“Notre groupe a toujours demandé à chaque débat au Conseil de Paris, plus de moyens pour les transports publics, une vraie réorientation des politiques publiques en faveur du fret ferroviaire et fluvial, un maintien de la vocation ferroviaire de la petite ceinture.”
http://www.communiste-frontdegauche-paris.org/LA-PIETONNISATION-DES-BERGES-DE

Emmanuelle Cosse, Europe Ecologie-Les Verts, à propos du Diesel gate:
“Combien ont menti ? Il y a un lobby automobile extrêmement fort qui fait tout pour faire taire ceux qui veulent la transparence.”
http://www.leparisien.fr/politique/scandale-volkswagen-les-politiques-ciblent-le-diesel-et-le-made-in-germany-23-09-2015-5118915.php

Manuel Valls, Parti Socialiste:
“Le rapport des Français avec la voiture est magique et le fait que nos grands industriels Renault, PSA, Citroën, DS avec ses avancées technologiques, aillent mieux se développent, créent de l’emploi, instaurent un dialogue social de très grande qualité, conquièrent des marchés, s’adaptent au marché mondial, investissent, c’est un signe d’optimisme.”
http://www.lepoint.fr/automobile/pour-manuel-valls-les-francais-ont-un-rapport-magique-a-la-voiture-30-09-2016-2072599_646.php

Chantal Jouanno, UDI:
« Il faut remettre en question la ‘dieselisation’ du parc automobile »
http://www.rtl.fr/actu/politique/pollution-il-faut-remettre-en-question-la-dieselisation-du-parc-automobile-dit-chantal-jouanno-7770469885

Nathalie Kosciusko-Morizet, Les Républicains:
“Je suis pour la réduction de la place de la voiture. Mais cela se fait avec un travail de fond, pas des coups médiatiques. Là, la Ville fait seulement de la com et de l’argent sur le sujet.”
http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-75005/nkm-sur-la-voiture-ou-la-pollution-la-mairie-de-paris-fait-de-la-com-13-09-2015-5088617.php

Communiqué du Front National:
La situation ne faisant qu’empirer malgré tout, nous affirmons que c’est la guerre dogmatiquement faite à l’automobile depuis des années qui aggrave la pollution parisienne.”
http://www.frontnational.com/2014/12/diesel-circulation-aveuglement-et-dogmatisme-a-la-mairie-de-paris/

Automne 2016 – Semaine 5 : La COP21, 9 mois plus tard

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Si un enthousiasme quasi unanime de la part des médias et des chefs d’Etat a accompagné la clôture de la COP21 en décembre dernier, la mise en place de mesures nationales et la ratification du traité de Paris n’ont toujours pas été effectuées aujourd’hui, à quelques mois de la COP22 à Marrakech.

En effet, la COP21 peut être considérée comme une réussite politique, qui a mis au coeur du débat la responsabilité des pays développés et les solutions concrètes à adopter pour lutter contre le réchauffement climatique. Cependant, l’ancien président de la COP21 Laurent Fabius signait dans Le Monde le 30 août dernier une tribune reconnaissant: “des difficultés majeures […] qu’il serait irresponsable d’occulter.”

En premier lieu, c’est la ratification de l’accord qui semblait en difficulté: pour que celui-ci ait force de loi, au moins 55 pays représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serres doivent ratifier l’accord par leur gouvernements nationaux. Si jusqu’il y a un mois seulement 23 pays représentant moins de 1,5 % des émissions de gaz à effet de serre étaient prêts, la déclaration conjointe des Etats Unis et de la Chine de ratifier l’accord a vu le processus s’accélérer.  Cette coopération entre les deux géants industriels, qui représentent 38% des émissions de GES, est en effet un signal diplomatique fort en faveur de l’accord de Paris. Selon The Guardian, c’est la première fois que ces deux pays sont les instigateurs de l’avancée des politiques environnementales. Cela permet aussi d’orienter les investisseurs vers le scénario de la ratification effective et imminente de l’accord de Paris.

Selon Wired, 60 pays étaient prêts à signer l’accord le 21 septembre 2016, dont d’importants émetteurs de gaz à effet de serre comme le Brésil, le Mexique, l’Argentine et les EAU. Ainsi, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon prévoit la ratification finale de l’accord dans l’année. Dans l’Union Européenne cependant, seule la France et la Hongrie se déclarent prêtes à signer, bien que l’UE soit le troisième plus gros pollueur mondial (Libération).

Le coeur du problème, comme le souligne Libération, réside dans “l’affaiblissement de la dynamique onusienne dans la lutte contre le réchauffement climatique”. Plus précisément, c’est au niveau national que les mesures seront difficiles à mettre en place, notamment à cause des calendriers électoraux, en particulier aux Etats-Unis où le candidat républicain a tenu des propos climatosceptiques. Il s’agit pour beaucoup d’experts de la principale menace à la ratification définitive de l’accord, qui ne peut se passer de la première puissance mondiale pour être légitime.

Une réponse à cette paralysie politique des états peut être trouvée dans le programme de la COP22 qui se tiendra du 7 au 18 novembre à Marrakech. On y retrouve, comme le défend Laurent Fabius dans sa tribune, une capacité d’action importante reconnue aux médias, aux métropoles et aux acteurs privés. Il s’agit de fait de promouvoir des actions de protection de l’environnement plus locales et moins institutionnalisées.

Pour ce qui est de repenser les politiques environnementales, Laurent Fabius défend à terme la mise en place d’un “pacte universel pour l’environnement”, sous la forme d’un traité obligatoire qui constituerait le droit individuel à un environnement sain. Entre judiciarisation de la question environnementale et accroissement des acteurs concernés, les conférences sur le climat restent plus que jamais au coeur de l’actualité internationale et des débats politiques nationaux.

If the closing of the COP21 last December was globally recognized as an historical landmark, the implementation of national measures and the ratification of the agreement hasn’t been done yet, just a few month before the COP 22 in Morocco.

Indeed, COP21 should be considered has a political success, which put in the center of the debate the responsibility of the developed countries and concrete solutions to fight global warming. However, former COP21 president Laurent Fabius admitted in Le Monde on August, 30: “des difficultés majeures […] qu’il serait irresponsable d’occulter.”

First, the ratification of the agreement seemed in bad position: at least 55 countries representing at least 55% of global emissions need to sign up the agreement before it came into force (Wired). In August, only 23 countries (1,5% of global emissions) were ready to sign, but the US and China declaration to ratify the agreement in the coming month made a significant advance. The cooperation of those two big industrial countries, representing 38% of global emissions, is a strong diplomatic signal for the Paris agreement. According to The Guardian,  it’s the premiere that those countries lead environmental decisions at the international level. It also send a strong message to investors and bankers, laying the groundwork for an imminent ratification of the deal.

On September 21, 60 countries were ready to sign the deal (Wired), and among them some large emitters such as Brazil, Mexico, Argentina and UAE. UN secretary general Ban Ki-Moon expect the final ratification of the deal by the end of the year. In EU however ( the third largest polluter) only France and Hungary are ready to sign up.

The core of the issue, as Liberation mention it, take place in “l’affaiblissement de la dynamique onusienne dans la lutte contre le réchauffement climatique”. It’s in fact on the national level that measures are obstructed, in particular during election times, especially in the United States where the Republican candidate are allegedly climate skeptic. It’s for many experts the main threat to the definitive ratification of the deal.

A solution to this political paralysis can be found in the COP 22 program which be held in Marrakech on November 7-18. Following Fabius’ positions, a greater place is accorded to media, metropolis and private actors, in order to promote local solutions apart from institutionalized action.

To go further in environmental policies, Laurent Fabius stand up for the implementation of a “pacte universel pour l’environnement”, a binding nature treaty to protect an individual right to a safe environment. Between judicialization of the environmental question and its extension to new actors, climate conference are more than ever in the center of international news and national debates.

Quelques positions des principaux partis politiques français :

Jean-Luc Mélenchon, La France Insoumise :
«Pour faire face au changement climatique, il faut mener une toute autre politique remettant en cause le productivisme capitaliste, le libre-échange, la financiarisation de l’économie, les inégalités sociales, la main-mise des lobbies et des multinationales sur la politique.»
http://melenchon.fr/2015/12/04/cop21-derriere-la-communication-un-nouveau-desastre/

Yannick Jadot, Europe Ecologie-Les Verts:
« Cet accord universel marque incontestablement une nouvelle gouvernance, mais il est fondé sur du droit mou. C’est donc à nous, société civile, de faire le travail et de mettre la pression pour que l’accord s’applique et que son ambition soit régulièrement rehaussée »
http://idf.eelv.fr/accord-cop21/

François Hollande, Parti Socialiste:
« Je proposerai (…) aux chefs d’État et de gouvernement de soutenir la proposition de la présidente de la COP21, Ségolène Royal, de créer une commission d’experts de haut niveau pour fixer des cibles de prix du carbone mondiales.»
https://www.facebook.com/francoishollande.fr/posts/10154539308532502

Bertrand Pancher, UDI:
« (…) l’une des demandes de l’UDI à l’international est une réglementation carbone, en instaurant un système de bonus-malus international qui permettrait de financer le fonds vert et qui aboutirait, à terme, à une taxation environnementale aux frontières pour les pays les moins vertueux.»
http://ecologie.parti-udi.fr/lenvironnement-une-reelle-ambition-a-ludi-pour-la-cop-21-et-au-dela.html

Alain Juppé, Les Républicains:
« Il nous faudra dès demain aller encore plus loin. Aller plus loin en promouvant une nouvelle croissance dégagée des modèles énergétiques à haute intensité carbone. Aller plus loin en posant les bases d’une tarification internationale du carbone.»
http://www.al1jup.com/en_bref/cop-21-paris-invite-le-monde-a-lespoir/

Nicolas Sarkozy, Les Républicains:
« On a fait une conférence sur le climat. On parle beaucoup de dérèglement climatique, c’est très intéressant mais ça fait 4,5 milliards d’années que le climat change. L’homme n’est pas le seul responsable de ce changement.»
http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/09/14/25002-20160914ARTFIG00290-les-doutes-de-nicolas-sarkozy-sur-le-rechauffement-climatique.php

Marine Le Pen, Front National:
« Nous savons que l’urgence environnementale continuera à être aggravée par modèle libre-échangiste et européiste. Seul un colbertisme vert favorisant les circuits courts et soutenant les producteurs nationaux permettra de faire face aux défis de ce siècle (…).»
http://www.frontnational.com/2015/09/cop-21-pourquoi-pas-mais-pour-quoi-faire/

 

Bilan carbone de Paris : des progrès encore insuffisants

Voir l’article sur le site ici.

LE MONDE | 13.07.2016 à 15h56 • Mis à jour le 14.07.2016 à 07h47 |
Par Guillaume Krempp et Laetitia Van Eeckhout, journalistes au Monde

Depuis la COP21, la maire socialiste (PS) de Paris, Anne Hidalgo, a pris l’engagement de faire de la capitale une ville exemplaire dans la lutte contre le changement climatique et ainsi de démontrer que les collectivités sont des acteurs clés plus ambitieux dans ce domaine que les Etats.

Au vu de son bilan carbone présenté mercredi 13 juillet, il lui reste néanmoins bien du chemin à parcourir. En 2014, la capitale a produit 25,6 millions de tonnes équivalent CO2, ce qui représente depuis 2004 une baisse de 9,2 % de ses émissions carbone.

Une modification de la méthodologie du bilan carbone

Pour réaliser cet exercice, auquel la municipalité se prête tous les cinq ans, la ville a révisé sa méthodologie, afin de recenser les émissions de gaz à effet de serre (GES) de manière plus exhaustive. Les rejets carbonés de l’année de base 2004, qui se sont avérés sous-estimés, ont été réévalués.

Les rejets des industries parisiennes ont été intégrés au bilan carbone, alors que seule l’activité de la compagnie parisienne du chauffage urbain était auparavant prise en compte.

Le poids carbone d’un repas moyen a été revu à la hausse par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), passant de 1,47 à 2,27 kg équivalent CO2. Tout comme les voyages aériens des Parisiens, qui se sont avérés plus fréquents que prévu. Au total, les émissions de GES du territoire de la commune pour 2004 ont été réévaluées à 28 millions de tonnes contre 24 millions auparavant, soit une hausse de 17 %.

« Il s’agit là d’une démarche d’amélioration progressive. Le bilan carbone de 2004 de Paris était partiel, juge Pierre Radanne, expert des politiques énergétiques de lutte face au changement climatique. On manquait encore de données spécifiques au territoire lors de la réalisation du premier inventaire des émissions de gaz à effet de serre. »

« UNE VILLE NEUTRE EN CARBONE SERA L’HORIZON DE NOTRE PROCHAIN PLAN CLIMAT QUI SERA VOTÉ FIN 2017 »

Même en tenant compte des corrections apportées, on est encore loin des objectifs du plan climat adopté par la municipalité en 2004, qui vise à réduire de 25 %, d’ici à 2020, les émissions de GES et la consommation énergétique. A l’horizon 2050, le recul des émissions doit même atteindre 75 %. Célia Blauel, adjointe (Europe Ecologie-Les Verts) de la maire chargée de l’environnement et du développement durable, reconnaît :

« Nous sommes sur une bonne tendance. Néanmoins, il nous faut maintenant créer de vraies ruptures si nous voulons accélérer le rythme. D’autant qu’une ville neutre en carbone sera l’horizon de notre prochain plan climat qui sera voté fin 2017. »

Des baisses sectorielles encore insuffisantes

C’est dans les transports, domaine où il y a eu jusque-là les évolutions les plus significatives – mesures de restrictions de circulation, création de la ligne de tramway T3 qui a permis de diminuer de 50 % le trafic sur les boulevards des Maréchaux, extension des lignes de métro 3, 4, 8, 12 et 14, développement de Vélib’et d’Autolib’ –, que la ville enregistre la plus forte baisse d’émissions carbone : – 39 % depuis 2004. Il reste cependant encore du chemin à faire pour atteindre l’objectif du plan climat : réduire de 60 % les émissions engendrées par les déplacements des Parisiens intra-muros.

« Si son action va globalement dans le bon sens, la ville de Paris doit accélérer le rythme des évolutions en cours, observe Charlotte Izard, du Réseau Action Climat (RAC). On est encore loin par exemple d’avoir, comme à Copenhague, une personne sur trois circulant à bicyclette [la part modale du vélo dans les déplacements dans la capitale française ne représente encore que 4 %]. La ville doit aussi pousser pour accélérer le rythme des rénovations énergétiques des copropriétés [portées par la société d’économie mixte Energies posit’IF, dont Paris est un important membre associé]. »

De fait, dans le secteur de l’habitat, la ville n’a parcouru qu’un peu plus de la moitié du chemin pour atteindre l’objectif qu’elle s’est fixé (– 25 % des émissions en 2020 par rapport à 2004). En 2014, la baisse n’était encore que de 15 %, permise par la rénovation énergétique de 4 500 logements sociaux et la construction de 7 500 logements sociaux à haute performance énergétique chaque année.

Dans le domaine des déchets, la municipalité, moins ambitieuse, ne s’est fixé en 2020 qu’une baisse de 15 % de ses émissions équivalent CO2 par rapport à 2004. En 2014, elle les avait déjà réduites de 50 000 tonnes, soit de 13 %, grâce au développement du tri sélectif, de l’amélioration du compostage et de la création de huit ressourceries. Ces structures ont permis d’éviter l’incinération ou l’enfouissement de quelque 2 400 tonnes de déchets.

« Davantage encore que par le tri, c’est par ce type d’actions évitant la production de nouveaux déchets que l’on obtient un vrai impact sur le climat », insiste Laura Chatel, chargée du programme Territoires chez Zéro Waste France, qui appelle la ville à surveiller la réduction globale nette de déchets sur son territoire.

Dans le domaine de l’alimentation, le bilan est beaucoup moins glorieux. Si l’introduction de repas végétariens dans la restauration scolaire et collective de la ville a permis d’éviter 17 000 tonnes équivalent CO2 par an, le territoire parisien a globalement augmenté de 10 % ses émissions carbone en dix ans. « Depuis 2004, sous l’effet de l’augmentation de la population, sept millions de repas supplémentaires ont été distribués par la ville », justifie la municipalité.

Enfin, dans le domaine de l’énergie, Paris a réduit sa consommation de 7 % par rapport à 2004. La part des énergies renouvelables, quant à elle, n’a progressé que de 5 points pour atteindre 15,6 % de la consommation énergétique du territoire. Anne Bringault, du RAC, souligne :

« A ce rythme, l’objectif de 25 % d’énergies renouvelables d’ici à 2020 paraît difficilement atteignable. Sauf à investir dans la production d’énergies renouvelables locales en Ile-de-France. Paris ne peut se contenter de demander à ses prestataires de lui fournir une énergie certes verte, mais qui viendra souvent de loin. Elle doit s’inscrire dans un projet de territoire et produire elle-même son énergie en nouant des partenariats avec les collectivités rurales ou périurbaines franciliennes. »
D’autant qu’en investissant dans un projet d’usine de méthanisation ou de parc solaire, souligne cette spécialiste, la municipalité peut entraîner d’autres acteurs. Pierre Cannet, responsable climat, énergie et infrastructures durables chez WWF, abonde :

« Paris doit encore faire la preuve de sa capacité à embarquer dans cette transition tout un ensemble d’acteurs, dépassant ses frontières. Dans le domaine de l’alimentation, par exemple, la ville doit travailler avec le territoire qui l’entoure pour développer une nourriture plus durable. »

Le casse-tête du trafic aérien

Reste la question des émissions du trafic aérien des touristes, qui ne sont pas prises en compte dans le bilan carbone de la ville. En 2004, toutefois, ce chiffre était donné à titre indicatif : il s’élevait alors à 14 millions de tonnes équivalent CO2, ce qui représentait 36 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre sur le territoire parisien.

Aujourd’hui, cette donnée n’apparaît plus. Pourtant, en dix ans, le trafic passager a considérablement augmenté. Selon le groupe Aéroports de Paris, il s’est accru de près de 27 % entre 2004 et 2015 dans les aéroports d’Orly et de Charles-de-Gaulle, passant de 75 à 95 millions de voyageurs.

« Ce domaine ne relève pas de nos compétences », regrette Célia Blauel, qui n’ignore pas le problème environnemental posé par les allers-retours aériens des touristes. Pour Jean-Baptiste Fressoz, historien du climat au CNRS, « l’aviation est incompatible avec l’impératif climatique de diviser par quatre avant 2050 nos émissions de CO2 ». Pierre Cannet relève cependant :

« Même dans ce domaine, qui, certes, ne relève pas directement de ses prérogatives, la ville de Paris doit et peut promouvoir une mobilité plus durable, démontrer que des possibilités de déplacements autrement qu’en avion sont possibles, en travaillant notamment avec d’autres villes européennes. »
D’après un rapport du Comité régional du tourisme de la région Ile-de-France, les émissions carbone liées au tourisme en général sur Paris pourraient s’élever à 27,2 millions de tonnes équivalent CO2 par an en 2050, soit une quantité supérieure à l’intégralité des émissions du territoire parisien en 2014.